Pièce n°2003
Écrite par un gars
Explorée par Devhinn
En compagnie de Analayann, Jad de Salicande & Ombre
Fait partie de la saga << < Chutes prophéties et assimilées > >>
Carnet de DevhinnPièce perdue numéro 3 66ème pièce
– Qui est le château ? Qui est le château ?
J’ai mal. J’ai le goût du sang dans ma bouche. Et mon dos… J’ai tellement mal au dos.
– Qui est le château ??
J’ai si peur. Maman j’ai si peur. Je suis désolé, Maxime, je…
Il fait noir. J’ai envie de dire que je sais rien, que je le jure, que je sais pas qui c’est, mais c’est coincé dans ma gorge.
Ça me fait si mal. J’ai des films, des livres qui me passent en tête. Des images. C’est pire. Dans la vraie vie, un fouet, c’est pire que tout.
Je pleure. J’arrive plus à voir Maxime qu’est juste devant. Dès que je bouge mes poignets m’arrêtent. J’ose plus crier. Quand je crie il recommence.
– Qui est le château ? Qui est…
– Cessez. Il est clair qu’ils ne connaissent pas mon identité.
Au bout de la vingtième fois, ou peut-être plus, un homme arrive. Il a un manteau noir, des chaussures noires, des cheveux noirs. J’ai froid. Cet homme là… me donne froid.
Je comprends pas. Ma tête tourne. J’ai mal, j’ai peur, je m’en veux. Venir dans un château, super loin de la ville, qu’on connait même pas. Je m’en veux tellement que ça me fait plus mal au ventre que mon dos qui brûle.
Et puis j’ai seize ans. Je veux pas mourir à seize ans.
Maxime sanglote. Je crois que j’ai plus de larmes, je savais pas que ça se pouvait. Je me sens super sec, mes yeux, ma gorge, je respire plus. L’homme continue.
– Alors, les enfants, on s’est aventuré trop loin de la maison ? Et maintenant on ne comprend plus rien de ce qui nous arrive ?
Je vais mourir. Je vais mourir putain. Je suis coincé sur cette merde de chaise et je vais mourir, putain merde !
Mon bâillon tombe. J’avais oublié. En fait, l’homme me l’a enlevé. Je vois flou mais je sais qu’il me regarde dans les yeux, et je gèle de l’intérieur. Il me lâche.
– Il se trouve que j’ai le moyen de vous délivrer…
C’est Maxime que je regarde maintenant. Ça me réchauffe pas. Soudain, je vois le couteau. Comme un couteau de rando, juste plus long. C’est l’homme qui le tient. Il lève son autre main, comme s’il était surpris.
– Eh bien, qu’attendez-vous ? Vous voulez défaire vos liens ?
C’est bon, j’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Bizarrement, c’est comme si je me calmais doucement. Comme si l’homme était tellement absurde que je me mettais à distance. Mais Maxime réagit direct. Il commence à pivoter difficilement sur sa chaise, malgré ses mains liées. Il se retrouve dos à l’homme, et d’un coup, je vois plus le couteau, et je comprends.
Je hurle son prénom. Ma voix se casse. Je hurle du plus fort que je peux et fais sortir les dernières larmes qui me restent. Je suis ailleurs.
L’homme retire la lame ensanglantée, et part en sens inverse.
– Leçon numéro un, savoir déceler le mensonge de la vérité. Emmenez celui qui reste.
Je baisse la tête. Je viens de voir… quelqu’un mourir. Je sais ça. C’était Maxime. C’était.
Ça bourdonne dans ma tête. Loquet, grincement.
**
– Qui est le château ? Qui est le château ?
J’ai mal. J’ai le goût du sang dans ma bouche. Et mon dos… J’ai tellement mal au dos.
– Qui est le château ??
J’ai si peur. Maman j’ai si peur. Je…
Je t’entends. Je sais que t’es là. Je sais plus… Qui tu es.
Ça me fait si mal. J’ai des films, des livres qui me passent en tête. Des images.
Et ta voix. Maman ? Je suis réveillé Maman, pourquoi tu dis ça…
Dans la vraie vie, un fouet, c’est pire que tout.
Je pleure. J’arrive plus à voir Maxime qu’est juste devant. Dès que je bouge mes poignets m’arrêtent. J’ose plus crier. Quand je crie il recommence.
– … devine… réveille-toi… c’est fini… tu n’es plus là-bas…
Je comprends pas ce que tu dis Maman, deviner quoi, où es-tu ?
Un homme arrive. Il a un manteau noir, des chaussures noires, des cheveux noirs. J’ai froid. Cet homme là… me donne froid.
Ma tête tourne. J’ai mal, j’ai peur, on me tire
en arrière. Je tourne la tête, mais rien. Et devant moi, l’homme continue.
– … on s’est aventuré trop loin de la maison ? … tu n’es plus là-bas… c’est fini.
Je… C’est pas la bonne… Voix ?
– Devine… Réveille-toi… Devine… C’est fini… Devhinn.
Devhinn.
La réalité me frappe au milieu du front, une pichenette désagréable mais méritée qui me ramène au bon sens. Je suis Devhinn. Iels étaient là il y a peu. Analayann, Jad, Ombre. Mais autour de moi ce sont bien les murs de cette cellule, Maxime sur sa chaise, quoique le tout perd progressivement sa netteté. Dans quoi est-ce que je suis plongé ?
Voyons, la cave. Un enchevêtrement d’inintérêt, d’indifférence, de bric et de broc sans couleurs ni chaleur. Cette chaise. Je me suis simplement assis, j’ai mis mes mains dans le dos…
et ils sont entrés. J’avais pas vraiment le choix, avec Maxime en face, ses yeux qui me regardent, énormes, est-ce que je l’ai laissé tomber ?
Qu’est-ce que…
…je fais…
Je suis désolé Maxime, je m’en veux, je vais mourir putain et qu’est-ce que j’ai froid ! Pourquoi cet homme a un couteau ? Pour “défaire nos liens”, comme il vient de dire ? J’ai pas confiance, Maxime, pourquoi tu recules, pourquoi tu lui tourne le dos, MAXIME ! NOOOOOOOON !
– Leçon numéro un, savoir déceler le mensonge de la vérité. Emmenez celui qui reste.
Je baisse la tête. Je viens de voir… quelqu’un mourir. Je sais ça. C’était Maxime. C’était. C’était…
Ça bourdonne dans ma tête. Loquet, grincement.
**
– Qui est le château ? Qui est le château ?
J’ai mal. J’ai le goût du sang dans ma bouche. Et mon dos… J’ai tellement mal au dos.
– Qui est le château ??
J’ai si peur.
J’arrive plus à voir Maxime qu’est juste devant.
C’est pas Maxime.
C’est un elfe.
C’est… quoi ?
Il a la main qui saigne, ça coule sans s’arrêter, tellement que ça me donne d’un coup envie de vomir. En fait, on dirait même qu’il a pas tous ses doigts.
Eno.
– J’ai plus confiance en toi Devhinn.
Je suis Devhinn. Me faire à cette idée est un effort considérable. Je n’arrive pas à me concentrer, à me focaliser…
– Tu vas pas tarder à me tomber dessus tu sais. Au fond je te jure, j’aimerais vraiment que ça se passe bien. Mais c’est trop tard, t’as tout cassé, j’ai tout essayé pour réparer et t’as tout cassé merde regarde !
Il lève sa main ensanglantée, les yeux implorants. Le bâillon m’empêche de répondre autre chose que des cris étouffés. D’une voix qui n’est pas la sienne, il conclut.
– Cette confiance, il faudra la bâtir à nouveau, dans le sang. Il le faudra.
Eno quitte sa chaise dans un râle, et avec une démarche hachée, s’avance soudain dans ma direction, bras tendu vers mon visage, avant de s’effondrer sur le sol en poussière. Plus loin derrière la chaise, un homme attend. Il a un manteau noir, des chaussures noires, des cheveux noirs. Je suis frigorifié.
– Alors, Devhinn, on s’est aventuré trop loin de la maison ? Je savais que je finirais par te trouver ici. Et tu sais quoi ? Ça me fait plaisir.
Le Château claque des doigts. Le bourreau se tourne vers lui, vers moi, puis change de forme, troque sa parure contre une autre plus cintrée, et son fouet pour une matraque télescopique. Un contrôleur. Un regard atone envers moi, une action sur son talkie, et deux autres déboulent du fond, comme si c’était si simple de traverser un mur.
S’ils peuvent le faire…
– Tu ne peux pas savoir quel casse-tête ça a été de bricoler tout ceci, lâche le Château d’un agacement feint. Alors quand Aden m’a demandé “qui on vise en premier ?”, c’est comme si ça coulait de source, tu comprends ? En souvenir du bon vieux temps ! Enfin, parler de souvenirs ici, je te taquine va.
Il fait un pas de plus, s’accroupit face à moi, et manque de se prendre un coup de tête. Une tentative à laquelle les muscles de ma nuque répondent d’une vive douleur.
– Mon garçon, est-ce qu’on peut rester deux minutes dans la même pièce sans que tu veuilles me flanquer un coup ?
Ça bourdonne dans ma tête.
– L’habitude, je suppose. Dis-moi Devhinn…
Je ne l’entends plus. À une seconde d’intervalle, c’est Analayann qui prononce mon nom, puis tout bourdonne, tremble, valdingue dans mon crâne, comme si on venait tout mélanger. Dans la cohue… une voix que je connais dans une langue que j’ignore.
…eetkiireya u habear arii…
Loquet, grincement. Comme si ma tête s’ouvrait pour le laisser entrer. Tout devient fluide, léger. Je ne pense plus à rien. Jad est dans ma tête.
– Devhinn, enfin ! Où que tu sois c’est faux. Tu dois te dépêcher. Il fait froid ici. Lève-toi ! Analayann ?
Son nom, il le lance comme après un sursaut.
Sa voix tremble. Je retrouve progressivement le brouhaha acide de mes pensées et la voix de Jad s’échappe parmi le reste, des paroles affolées “Analayann, qu’est-ce qu’il se passe ?!” s’évanouissent et le Château recule, une confusion sincère dans le regard.
– Ils essaient de le sortir… Renvoyez-le.
Un geste aux contrôleurs, un signe de tête, et le flou.
**
– Qui est le château ? Qui est le château ?
L’ersatz de bourreau est de retour, piégé dans une partie trop nécessaire de ce souvenir, me criant dessus comme si j’étais là. Mais face à moi, Maxime a disparu.
– “Leçon numéro un, savoir déceler le mensonge de la vérité.” Vous savez, Devhinn, je pense qu’il y a beaucoup de choses qui partent de là.
Sur la chaise, Dupont, la moustache, le costume, le Dupont croisé il y a comme une éternité parmi les pièces du château. Mais avec des lunettes violettes à bords épais.
– Votre rapport au mensonge, ça ne fait aucun doute qu’il vient de votre mère. Vous pourriez me raconter… un souvenir heureux ?
heureux…
Je ne suis pas
dans cette salle.
Où êtes-vous ? Jad ?
J’ai passé peut-être quelques secondes à regarder autour de moi, cherchant comme un dingue des indices aux murs et au plafond, avant de ramener mon regard dans la direction de Dupont, avec mille idées de questions à lui poser.
Ombre est assis-e devant moi. Impassible.
– On est coincé-es ensemble on dirait.
Iel rayonne, au sens propre. Comme si une lumière irrégulière lui passait au travers. Son regard me scrute. Je ne lis pas d’émotions. Pas même de dédain ou de rancœur, rien.
Je sens les larmes, les larmes de cette salle, les miennes, d’avant, qui coulent sur mes joues sans que je puisse les arrêter.
Je me sens coincé oui. Entre deux. Entre deux versions. Et soudain le visage d’Ombre se déforme, la salle s’assombrit à vue d’oeil et l’ombre me hurle à bout portant
– CE N’EST PAS MOI QUI LES AI TUÉ-ES !
J’accuse le coup comme une rafale. Et puis tout brûle.
Des flammes noires. Qui s’emparent du décor et font flamber les murs comme des rideaux.
Je
ne peux pas
bouger de ma chaise.
Autour d’Ombre se succèdent Maxime, le bourreau, Eno, Dupont, Jad, un contrôleur, en kaléidoscope de silhouettes, et parmi eux, se frayant un chemin dans le chaos, le Château.
J’ai le couteau dans les mains.
Mes mains sont libres.
Je suis debout.
Ombre, face à moi, maintenant avec toute la détresse, la colère, qui l’habitent.
Qu’est-ce qui t’arrive, Ombre ?
Son visage se confond dans les flammes, mais ses yeux implorent le pardon. Iel s’approche et, après quelques pas, m’enserre.
J’ai une furie entre mes bras, une ombre dont le simple contact est un repoussoir en temps normal, et je sens son corps secoué de tremblements. Je mets en doute toutes mes connaissances, mes souvenirs hagards et mes impressions passées.
Un câlin ? J’avais oublié cette sensation.
Qu’est-ce qui t’arrive, Ombre ?
J’ai le couteau dans ma main. Derrière son dos.
J’envisage cette option.
Je suis si faible, j’ai l’impression que mon corps s’étiole, se recroqueville.
Que les flammes emportent tout.
Que tout s’effondre.
LA SEULE ET UNIQUE SALLE DE TORTURE
Carnet de Devhinn
Souvenir perdu n°3, retrouvé.
Oh bah je ne m’attendais pas à ça. Je ne pensais pas qu’on verrait véritablement la torture de Devhinn un jour TT_TT
Quelle angoisse pour lui. Ce qu’il ressent est très bien représenté et ses émotions m’ont beaucoup touchées.
Je suis content qu’au milieu de tout ce chaos, la pièce se termine par une note positive, avec ce câlin entre lui et Ombre (et non, pas poignarder !).