Pièce n°2085
Écrite par un gars
Explorée par Zilos
Pièce du Casteltober 2025 - Jour 19 : postiche
Derrière la porte, au beau milieu de l’allée formée par deux séries de bancs, l’humain se tient debout, bouche ouverte, le menton levé vers les hauteurs de la salle.
Et pour cause, de magnifiques couleurs se déploient depuis les fenêtres de la pièce, traversant depuis l’extérieur des vitres teintées.
Des vitres… Des, vitraux ?
« Non, les vitraux non plus ça ne se mange pas… Ce sont des vitres, pour le coup. Des vitres colorées. Mais je sais où en trouver. C’est quoi cette drôle de liste ? »
Un frisson me parcourt, frénétique. J’ai l’impression d’avoir eu cette discussion récemment.
L’humain s’est avancé dans l’allée, rejoignant ainsi une petite estrade et une alcôve, dont le mur crayeux est affublé d’un étrange panneau, tout à fait postiche pour la beauté du lieu.
« Hum… la pastiche, donc, ça ne se goûte pas non, ce n’est pas très intéressant. C’est une citation élaborée, disons. »
La pastiche, n°46 « goûter une pastiche ». Je lève la tête pour ne trouver que ces vitraux que je ne goûterai pas puisque la liste s’est trompée. Qui me parle ? Qui me fait penser des choses incongrues ?
« Raaaah vous voulez me rendre fou hein ? Montrez vous maintenant ! Quel intérêt y a-t-il à voler… s’intéresser, aux choses fausses ? Ça vous embête à ce point ? Vous êtes vraiment des… Vous êtes des… Raaaaah franchement ! »
L’humain décharge sa frustration d’un coup de pied dans le mur au panneau, qu’il regrette rapidement. Je m’avance.
« Je suis bien d’accord avec vous monsieur. »
« Merci. Merci mon brave. » apprécie-t-il en se massant les orteils. « Ça fait du bien de l’entendre. »
« Vous n’avez pas l’air d’aller bien, monsieur. »
Il se laisse tomber, lui et sa besace, sur les fesses, avec un soupir. D’autres miettes de mosaïques s’échappent spontanément, ainsi qu’un bocal en verre, plein de tiges rougeâtres à pointes jaunes.
« Je le prends pour vous alors. On ne sait jamais hein. »
Je pointe l’humain du doigt avec émoi et sans souffle en réalisant qu’il a la même voix que dans ma tête.
« Vous, monsieur, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Qu’est-ce que vous me faites et qu’est-ce que j’ignore et que vous savez ? »
L’humain lève la tête tristement vers moi, jauge mon doigt accusateur, puis un point un peu plus haut au-dessus de mon épaule. L’esquisse d’un sourire se dessine au milieu de sa moustache.
« Je n’en sais trop rien. Je peux être franc avec vous ? »
« C’est tout ce que je demande. Pourquoi vous parlez dans ma tête ? »
« Hein ? Non je… Bon, écoutez. Je suis à peu près sûr de m’être réveillé plusieurs fois dans ce dortoir, d’avoir passé ce couloir, et cette chapelle, j’ai la sensation d’y être déjà venu. Parce que je sais qu’elle est jolie, et qu’il y a ce panneau là, « modèle d’exposition », qui cache un coffret bien garni. »
En effet, quand je m’approche du panneau, le soulever un peu révèle une encoche dans le mur.
« Je suis juste un voyageur, un curieux. Et quand je vois certaines choses qui me plaisent, je les prend. Mais pour une raison que j’ignore, mon sac se remplit mais j’oublie ce que j’ai fait. Regardez. »
Il sort de son sac de plus grands carreaux de mosaïques, plusieurs coffrets, des bibelots en tout genre et des livres de cuisine. Il me montre l’un d’eux.
« Vous voyez, là… »
« Ça veut dire soupe ».
L’humain bégaie quand je le coupe. Je sors à mon tour le contenu de mon sac. Des denrées alimentaires, correspondant toutes à des paramètres du n°28 au n°45. Je me tourne vers lui sans comprendre.
« Monsieur l’humain, qu’est-ce qu’il se passe ? C’est une des règles étonnantes de votre monde, ce désordre de logique ? »
« Je ne sais pas si je comprends votre question, mais je dirais que non. Je pense, » entame-t-il en s’approchant de moi, « que j’ai volé quelque chose que je ne devrais pas. Plusieurs fois peut-être ? »
« Et qu’est-ce que c’était ? »
« Ce coffret, autre chose… Mon dieu, aucune idée. «
« Désolé, pourquoi vous m’appelez comme ça ? »
« Ah, comment ? »
Je me suis assis à mon tour, pensif. Ça n’arrange pas mon histoire, si on nous met de l’eau dans la braise. Et si tout ceci est vrai, j’ai peut-être même pris du retard. Ou bien… Ou bien c’est vraiment moi qui ait coché ces paramètres. L’humain s’est levé, et décolle déjà le panneau de son mur. Il y récupère un petit coffret en bois, tout identique à ceux qu’il a déjà, coffret qui quand il l’ouvre délicatement, révèle plusieurs objets d’un or brillant. Dans le monde humain, l’or est très estimable, il me semble. A contrario, ils ont énormément de mouches, comparé à chez nous.
Déjà, l’humain s’élance vers une petite porte le long de l’alcôve. Il se tourne finalement dans ma direction, soucieux.
« Vous venez ? Où vous partez ailleurs ? »
« Hum, je viens je viens. » Je me relève en rangeant mes affaires. « Et pour cette histoire de vitraux, de toute évidence ça ne se goûte pas alors… »
« Alors rayez le ! »
« Rayez le ? » Ne pas valider un paramètre ?
J’ai le droit de faire ça ?
Noooon ! Méchant humain ! C’est pas bien de tricher. Bon dans ce cas-là, OK, il a raison mais j’ai peur que Zilos coche tout d’un coup ^^