Pièce n°2162
Écrite par Lev
Explorée par Alden
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques
De porte en porte, de couloir souterrain en couloir souterrain, mon collègue m’a conduit jusqu’à un quai dans une pièce de taille moyenne sans ouverture sur l’extérieur. Les murs voûtés, couverts entièrement de carreaux de céramique orange, reflètent la lumière chaude des luminaires tout verre et chrome qui se dressent le long de la pièce. Au pied des parois, quelques banquettes en métal, majoritairement vides. Ici et là, des distributeurs d’aliments emballés ronronnent doucement.
Plusieurs dizaines de personnes attendent avec nous, amassés le long du quai. Beaucoup ont les yeux rivés sur les engins électroniques qu’ils tiennent entre les mains, d’une grande variété — plats, rebondis, transparents ou en acier brillant ou encore en plastique jauni, à touches ou tactiles, lumineux, clignotants — et dont je ne reconnais pas systématiquement la forme ni la fonction. D’autres, plus rares, consultent des petits livres à la couverture en papier, ou bien d’épais grimoires reliés de cuir. Certains ne regardent rien en particulier, fixant le tunnel sombre qui s’étend de part et d’autre de la voie ou le panneau lumineux suspendu au-dessus de nous, qui indique :
« PROCHAIN TRAIN DANS : 4 ».
Derrière moi, un homme en redingote se tient devant le mur, face à une carte encadrée de cimaises en céramique. Le cadre lui-même attire le regard, d’un bleu royal qui tranche nettement avec le orange des carreaux muraux, orné d’un motif en relief de tourelles et de créneaux et ponctué aux angles du monogramme « EC ». La carte qu’il abrite déploie un enchevêtrement dense et complexe de lignes de différentes couleurs. Au-dessus, on peut lire : « RÉSEAU DU CASTRAM ».
À mes pieds, une bande rouge, rugueuse sous la semelle, délimite le bout du quai. Je cherche instinctivement les rails en contrebas, mais n’y distingue qu’un épais lit de gros cailloux irréguliers. En fait, c’est au plafond que se situe l’armature métallique du rail unique, intégrée à une charpente d’acier robuste qui s’étend le long des parois du tunnel.
Au loin, un crissement se fait entendre, puis le sifflement strident des freins qui résonne dans le tunnel en un long écho caverneux. Un souffle d’air tiède balaie mes cheveux de mon front. La foule s’agite. Glissant le long des rails suspendus, le monorail surgit de l’obscurité. Le bruit est terrible, il me paralyse de terreur. Personne autour de moi ne semble s’en inquiéter alors je m’applique à calmer les battements frénétiques de mon coeur. Je serre fort le badge dans ma poche, pressant la pulpe de mes doigts contre les aspérités du plastique.
Le monorail s’immobilise au-dessus de nous dans un soupir de pneumatiques et les portes s’ouvrent brusquement, claquant dans leurs battants. Me situant juste devant l’une d’entre-elles, je me retrouve prisonnier du flot compact de personnes qui se déverse sur le quai. Mon collègue m’attrape doucement par la manche et me tire sur le côté, m’arrachant à la marée humaine.
— Laisse descendre les gens, dit-il, non sans gentillesse.
Sitôt la dernière personne descendue, le flot s’inverse et nous nous engouffrons dans le monorail déjà bondé de monde.
J’aime bien découvrir notre monde (une version de celui-ci en tout cas) au travers des yeux d’Alden. Et c’est bien trouvé ce Castram qui circule à l’envers, ça fait un contraste assez fort avec notre réalité justement.