Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CHAPELLE MULTICOLORE
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LA CHAPELLE MULTICOLORE

Pièce n°2262
Écrite par Harry Queaut
Explorée par Lulel

Une fois que mes yeux se sont habitués à la lumière, je brise le silence en prenant une profonde inspiration émerveillée. Que le monde est merveilleux… 

Mon admiration semble avoir dérangé quelqu’un ; au centre du dôme géodésique coloré où je me tiens, une forme enveloppée de tissus colorés se redresse et un visage doux se tourne vers moi, souriant. Elle se retourne vers la stèle, au centre du dôme et murmure, poings fermés contre son front, tête baissée, des mots que je ne distingue pas. Je décide de m’avancer dans sa direction, mais mes pas claquent contre le sol de pierre et, ne voulant pas la déranger, je suis à nouveau immobile. Au bout de quelques instants, elle se tourne à nouveau dans ma direction et me rejoint. 

“Création te guide, l’ami, que puis-je faire pour toi ?”

“Je… suis une exploratrice, ai-je répondu toujours un peu distrait par les fragments de lumières qui semblent jouer les uns avec les autres.” 

Bipède, elle semble cependant aussi bovine qu’humanoïde ; de longs cils battant sur ses grands yeux bruns, ses longues oreilles qui ont l’air si douce, les cornes qui percent ses cheveux bouclés, les sabots fendus qui résonnent contre le sol. Le plus surprenant, en corrélation avec tout ça, c’est à quel point elle est petite ; elle m’arrive à l’épaule, cornes comprises. 

“Oui, je m’en serais doutée, a-t-elle souri, vous avez toustes cet… air, c’est merveilleux, vraiment. Même si, je dois l’avouer, je n’en ai jamais vu avec un bras tel que le tien.” 

“Ah ? Je crois que c’est une création unique, en effet.”

Elle a hoché la tête, doucement et j’ai relevé les yeux vers la structure qui nous abrite. Des dizaines de triangles colorés et translucides assemblés les uns après les autres forment une sorte de bulle. A l’extérieur, des arbres dansent doucement sous le coup du vent. Quelque part, il doit y avoir des carillons puisqu’un tintement se fait entendre par intervalle irrégulier – mais corrélé avec le balancement des arbres. Au centre, la stèle de marbre blanc semble sortir directement du sol, comme les bancs qui l’entourent (huit allées traversent la pièce, d’une extrémité de la bulle à la stèle, rejointes par les rangées de bancs, comme les rayons d’une toiles d’araignée). 

“Qu’est-ce que c’est que ce lieu, si ça n’est pas…”

Elle a laissé flotté mon silence, attendant que je finisse ma phrase. Quand elle s’est rendu compte que je n’ajouterais rien, elle a souri. 

“Tu as peut-être compris que tu te trouve dans un lieu de dévotion, de prière. Une église, un temple, appelle ça comme tu veux, il y a des dizaines de mots qui seraient pertinents, nous n’en avons pas adopté de particulier. Je ne nous considère pas comme une religion, pas vraiment, même si c’est peut-être le mot qui conviendrait, ici aussi. Plutôt… une communauté ? De gens avec les mêmes… apétences ? Certes, il y a une certaine mesure d’organisation mais… Hm, je ne sais pas.”

“Tu priais, tout à l’heure ?”

“Oui.”

“Auprès de qui ?”

Elle n’a pas répondu tout de suite, puis a replacé une mèche de cheveux derrière l’une de ses longues oreilles. 

“Hm, ça n’est pas un problème de vocabulaire ici, c’est plutôt un problème de… de… de langue. Et de culture. L’un, l’autre, les deux à la fois, ces trois options en même temps. Même si je pouvais te l’expliquer de façon suffisante, tu ne pourrais pas comprendre sans avoir passé plusieurs mois parmi nous, tu vois le genre ? Nos prières sont presque des médiations – je suppose qu’on peut dire la même chose de toute prière, mais là c’est plus explicite – des… Je… Hm.”

“Tu as dit “Création te guide”, tout à l’heure ?” 

“Oui, c’est un bon point de départ, exactement, oui, tout à fait ! Merci,” a-t-elle sourit, “en effet. Notre dévotion n’appelle rien, ne demande rien, je veux dire. C’est simplement… La force entropique de création, une reconnaissance continue et perpétuellement nourrie par l’univers autour de nous, surtout dans ce Château, n’est-ce pas ?”

J’ai hoché la tête ; je n’ai jamais été un particulièrement bonne élève mais n’importe qui, dans le Hameau, possède des bases quant au caractère perpétuellement en mouvement du Château. 

“Cette structure est une de nos merveilles. Il y avait une pièce ici, avant, qui a été détruite. Ce sont des habitants et habitantes des environs qui ont travaillé à la construction de la verrière. Tant de… cohésion, d’intentionnalité, de force, de beauté, de… Je ne sais pas comment le verbaliser, mais tu aurais dû nous voir…”

“C’était récemment ?”

“Oh, oui, il y a quelques années seulement ! Notre ordre existait déjà, même si je n’en faisais pas encore partie.”

“Alors vous ne considérez que ce qui est construit par des vivants, dans votre… adoration ?” 

“Non, non, bien sûr ! Nous voulons avoir une vision plus complète de cette entropie créatrice. Quoi que, peux-tu vraiment croire que notre univers n’a pas été façonné le moins du monde, par une puissance divine ? Pas une conscience, particulièrement, c’est juste…”

J’ai haussé les épaules. 

“Je n’y réfléchis pas vraiment. Oui, je trouve des choses belles, mais…”

J’ai laissé ma phrase mourir. Elle a l’air en pleine réflexion. 

“Oui, je suppose… Enfin, pardon, je me suis laissée distraire et t’aie distraite avec moi ! Revenons au début : que puis-je faire pour toi ?” 

“Hm, rien de particulier … ? Enfin, si, je suppose, ça dépend de- est-ce que vous acceptez les nomades, pour une nuit ? J’allais faire mon propre camp prochainement mais, si c’est une option…”

“Avec plaisir ! Je te présenterais aux autres. Iels voudront cependant savoir comment ton bras fonctionne, probablement, j’espère que ça ne te dérange pas ?”

J’ai secoué la tête, curieuse de rencontrer les autres membres de son groupe. 

“Tant que ça ne les dérange pas de ne pas tout savoir, je peux donner quelques clefs.”

“Iels sauront s’en contenter,” a-t-elle répondu, son sourire faisant disparaitre ses yeux derrière ses joues.

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