Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA CHAMBRE À LA PETITE FENÊTRE TROP HAUTE
LA CHAMBRE À LA PETITE FENÊTRE TROP HAUTE

LA CHAMBRE À LA PETITE FENÊTRE TROP HAUTE

Pièce n°2031
Écrite par Allyss Obsidienne
Explorée par Carlynn Vagamova

Pièce du Casteltober 2025 - Jour 1 : éveil

C’est avec bonheur que je trouvai cette chambre. Je ne vis qu’une chose : le gigantesque lit moelleux, avec ses draps épais d’un rouge vermeil, ses oreillers innombrables… J’étais tellement épuisée que je ne cherchai même pas à comprendre. Je me faufilai simplement dans les draps et m’endormis.

Mon sommeil, ces derniers temps, était peuplé de cauchemars violents. Je revoyais la grimace de douleur de ma mère tandis que sa couronne d’or fondait sur son chef. J’entendais les hurlements de mon petit frère, trop petit, trop lent, pour échapper à l’explosion. Je sentais la chaleur, intense, brûlante, dévorante, de mon étoile à l’agonie. À chaque fois, c’était le dernier sourire d’Anora qui m’arrachait au songe, pour me rappeler combien j’étais cruellement vivante, seule, dernier témoin de la catastrophe.

Il faisait nuit. Je mis un moment à me rendre compte que cette constatation n’était pas anodine ; cela faisait, des semaines, des mois ? que je n’avais pas vu la lumière du jour. Mais dans cette pièce, que j’observais véritablement pour la première fois, il y avait une minuscule fenêtre. Évidemment bien trop haute, trop petite, pour espérer passer à travers, mais tout de même. Une fenêtre. Par laquelle je distinguais la nuit étoilée et un rayon de lune. Y en avait-il plusieurs, sur ce monde ?

Je me levai. Le froid m’empoigna aussitôt, de ses griffes crochues et de son souffle mordant. Je frissonnai. Je remarquai un miroir cassé, abandonné dans un coin. Je m’en approchai pour m’observer. Malgré les zébrures qui fendaient mon reflet, il était aisé de faire le bilan de mon état.

Mes vêtements étaient les mêmes que ceux que je portais lorsque j’ai fui mon monde. Une robe, autrefois bleue, corsetée, ornée de dentelles noircies qui pendaient lamentablement au bout de mes manches. La jupe était trouée en plusieurs endroits, brûlée par les étincelles, les projectiles enflammés qui avaient aussi abîmé une partie de mon visage. J’avais appris à vivre avec la douleur mais n’avais pas encore associé la pulsation brûlante avec le morceau de peau disgracieux et boursouflé qui barrait ma bouche et ma joue. J’aurais dû me faire soigner. Je détournai le regard. Je n’étais plus moi-même.

J’avisai un robinet de cuivre enfoncé dans le mur en face du lit. S’il y avait de l’eau, je pourrais peut-être me faire un brin de toilette. Je le fis tourner et de l’eau en jaillit. Glacée, mais propre. Je bus un peu. Cela me fit du bien. Il fallait que je me lave, mais pas question d’envisager la chose sans m’assurer au préalable qu’il y ait de quoi me réchauffer ensuite. Y aurait-il une cheminée, dans cette chambre ? La petite fenêtre me faisait toujours de l’œil. Je voulais regarder au travers. Ce serait ma prochaine étape.

Je trouvai quelques vieux vêtements poussiéreux dans une armoire, elle aussi cassée. À la lumière de la lune, je me choisis un pantalon chaud en fourrure d’un animal que je ne saurais nommer et une chemise en toile épaisse. Je décidai de me servir du reste pour m’essuyer une fois lavée. Mon plan consistait à me glisser de nouveau dans les draps pour ne pas mourir de froid.

Se laver fut une épreuve. L’eau était si froide que son contact avec ma peau était douloureux. Cela apaisa en revanche le feu qui courait sous ma peau là où j’avais été brûlée. Je découvris, en plus de la balafre sur mon visage, plusieurs plaies sur mes jambes et mon ventre. Je savais que j’en avais également dans le dos, mais même en me contorsionnant devant le miroir, il me fut difficile de distinguer quoi que ce soit. Je m’en tins au nettoyage. Les détails viendraient plus tard.

De retour dans le lit, mon regard se posa sur la petite fenêtre. Les étoiles brillaient. Elles étaient si lointaines. Si libres – du moins, je l’espérais. L’esprit de l’étoile qui s’était glissé en moi l’espérait aussi. C’est lui qui me poussa à me relever, malgré le froid ambiant, pour empiler divers objets – chaises, meubles, coussins – afin d’atteindre cette petite fenêtre. Comment résister ? Je voulais savoir où j’étais. J’avais vu le paysage en arrivant, bien sûr, mais il me semblait que ce Château était si grand que je pouvais avoir voyagé des kilomètres et des kilomètres. Cette fenêtre trop haute était devenue comme une sorte d’espoir. Peut-être n’était-elle pas si petite, peut-être pourrais-je me glisser à l’extérieur et recouvrer ma liberté ? Peut-être retrouverais-je une civilisation qui voudrait bien m’accueillir ? Si je leur disais que j’étais reine, peut-être ne me ferait-on aucun mal…

Je savais bien que je n’étais reine de rien du tout. Vega était morte, perdue, annihilée. Mais j’en étais la princesse en partant. Les morts me firent reine malgré eux.

Les étoiles scintillaient et se reflétaient sur les toits. Il n’y avait que cela à l’horizon. Des toits. Penchés, courbés, carrés, en tétraèdres… Leurs ardoises brillantes se faisaient miroirs du firmament. Certaines tours me cachaient des pans entiers du ciel tant elles étaient hautes. Je voulais atteindre l’une de ces tours, pour mieux voir, car peut-être, sûrement, qu’au-delà de cette mer de toits, il y avait autre chose.

J’observai ce paysage morne pendant des heures. Je le sais car, au bout d’un moment, l’éveil du jour me ramena à la réalité. Les étoiles disparaissaient. Une étoile invisible réchauffait le monde.

La petite fenêtre me limitait beaucoup. Je collais mon visage contre la vitre, mais même cela ne suffisait pas à me donner une impression d’espace, d’extérieur. Une idée stupide me vint. Je redescendis de mon échafaudage, non sans risquer de faire une ou deux chutes fatales, et attrapai le premier objet un peu dur qui me tomba sous la main. Une vieille poignée de porte en fer ? Ça ferait l’affaire.

Je remontai, déterminée à tenter le tout pour le tout. Passer ma tête à travers cette fenêtre serait après tout une petite victoire, une preuve que ce Château n’était pas infaillible. Je brandis mon arme improvisée et frappai le verre. Rien. je recommençai, plus fort, et une petite fissure apparut. Galvanisée par l’effort, je tapai à coups répétés, excitée par la toile d’araignée que je tissais sur le verre. Je donnai ce que je pensais être le dernier coup. Mais au moment où je sentis la vitre se briser, un souffle terrible s’engouffra par la béance et me fit basculer en arrière. Un voile noir s’abattit devant mes yeux et, tandis que je chutais inexorablement vers ce qui ne pouvait être que ma mort, un rire effroyable résonna dans mon crâne.

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4 commentaires

    1. Not really en effet ! En vrai j’ai pas vraiment d’éléments précis sur son passé, je pense que ça va venir au fur et à mesure de l’écriture, j’essaie de me laisser pas mal de liberté pour avoir un espace sans scénariser à mort comme je fais actuellement pour mon roman x)

  1. C’est une entrée en matière super sombre dit donc TT_TT
    J’ai beaucoup aimé suivre ton personnage. Les descriptions que tu fais des lieux sont tops aussi, de mémoire c’est rare qu’une pièce soit aussi détaillée.
    J’avoue que j’étais à la fois terrifié et plein d’espoir quand Callyra a commencé à casser la fenêtre. J’avais peur qu’elle passe sa tête au travers et se coupe gravement. Bon du coup elle chute alors je ne sais pas si c’est forcément mieux ^^

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