Pièce n°2215
Écrite par un gars
Explorée par Devhinn
En compagnie de Analayann, Jad de Salicande & Ombre
Fait partie de la saga << < Chutes prophéties et assimilées > >>
Carnet de Devhinn
67ème pièce
Dans un large espace de mon esprit, entre les conserves d’excuses bien étiquetées et le présentoir à culpabilisation, j’ajoute en désordre dans un énorme sac de jute un remerciement à Jad pour avoir spontanément entraîné Eno avec nous. Un autre à Analayann pour avoir défendu ma quête du jeune elfe. Un autre à Ombre…
J’ai l’impression que depuis peu, c’est à Ombre que je dois le plus. Parce qu’Ombre va mal, très mal, quelque chose a cassé, entre la salle de torture, quelque part dans la neige, et dans les yeux d’Eno.
– Mais les voilà enfin Terry !
– Et avec elleux l’arène de l’Anomia, qui s’ouvre devant vous ! Spectateurices, levez-les yeux, l’heure de l’affrontement a sonné.
Les deux voix ne viennent de nulle part. La salle est presque plongée dans le noir, je distingue trois balcons qui forment avec le notre un carré parfait.
Faut-il vraiment que tout, tout le temps, se termine par un affrontement ? Dans leurs yeux, en face, je crains de ne voir que cette fin.
Un douche de lumière jaune est venue découper nos visages, nous éblouissant comme une seule personne. D’autres lumières, ambiantes, éclairent maintenant de longues tribunes garnies d’humain-es en contrebas, une bonne cinquantaine de mètres au-dessous, autour d’une grande arène carrée. Trois autres balcons apparaissent vert, rouge et bleu.
Je ne vois qu’elleux, à notre hauteur, sur le balcon opposé auréolé de rouge. Quatre elfes impassibles, trois d’entre elleux sont assis à leurs chaises, le quatrième, lance en main, son regard planté dans le nôtre. Dans le mien. Planté dans ma chair, fouillant ce qu’il reste d’humanité là-dedans. Puis il reporte son attention sur l’arène en bas.
Nos yeux s’adaptant peu à peu, nous avançons instinctivement pour nous appuyer contre la balustrade du balcon, où une console à boutons et manivelles nous attend. Au-dessus de nos têtes encore, une cage cubique de trois bons mètres de côté, emplie de coquillages bruns et brillants.
Je jette un regard derrière nous. Jad n’a pas lâché le poignet d’Eno, qui a laissé tomber l’idée de se débattre avec sa main à deux doigts. Analayann a cessé d’avancer, enserrant la petite forme d’Ombre dans ses paumes. Sur la grand-place derrière, le magicien à lunettes détourne le regard…
– Effectivement, la porte se referme tout juste sur cet homme qui doit être leur mentor…
– Ah, les règles sont strictes, seules les joueur-euses sont autorisé-es à entrer dans l’arène. On n’apprend pas à jouer devant la caméra, n’est-ce pas Jackham ?
– Tout à fait Terry, et d’ailleurs un point sur les règles…
Je balaie les balcons latéraux. À notre gauche, deux individus cagoulés, tenant en laisse, je me glace en le remarquant, des nothics assoupis. Une rangée de quatre chaises, la même console longiligne, des portants de boissons. Leur douche est verte. A notre droite, en revanche, debouts autour de ces sièges successifs, deux contrôleurs dans un échange animé. Bientôt, à la porte, un troisième et…
Aden.
Sa douche est bleue.
Aden, pour de vrai ? Ou encore un piège aux contours magiques ?
– Là, Aden.
Jad a attrapé mon regard, suivi l’objet de mon intérêt, et trouvé ce qui me figeait sur place. Dans un souffle, sec, il annonce à voix haute la couleur terne de ce qui pourrait suivre.
– Aden ?
C’est Analayann qui exprime la plupart de nos craintes, dans une question déjà fendue par une appréhension immense. Le frisson parcourt tout le groupe dans un bruissement qui se substitue à celui de la foule, là, dessous. Si là où iel est, Ombre a conscience de ce qui se passe, iel a sans doute raison de rester en boule.
Aden. D’une seconde à l’autre, il écarte la grappe de contrôleurs, s’avance près du bord du balcon, regard planté sur la peau à nouveau crasse de nos visages. D’une main preste il fait un geste vers le bas. Hésitant peut-être une seconde, les contrôleurs lèvent finalement des fusils dont les pointeurs rouges viennent frôler les surfaces de notre balcon, et tirent.
L’éclat est celui de la tôle, sourd et grave. Quand nous relevons la tête, des impacts noirs s’effacent dans les airs au tiers du chemin, fissures de balles qui se résorbent comme par magie.
Par magie.
Aden avale une colère évidente, lève les yeux sur la cage pleine de coquilles vides, et les présentateurs invisibles s’exclament.
– Eh bien eh bien, je vois que les concurrents font déjà monter la température ! Il s’agirait de ne pas tricher en torpillant les adversaires du balcon voisin.
– On rappelle que les meurtres sont proscrits !
– En effet, et de toute façon la confrontation, c’est sur le plateau, d’abord on place ses coups ! Mais justement, qu’est-ce que nos challengers attendent pour lancer les dés ?
– Ce serait dommage de prendre une pénalité de temps dès le départ !
En réponse au commentateur invisible, une mélodie sonne des aigus au grave, et notre balcon clignote.
– Aïe aïe aïe, on parle et le temps passe !
– Pénalité fatigue pour l’équipe jaune !
– Ce sera donc à l’équipe verte d’ouvrir le bal, espérons que nos champions sont plus réveillés aujourd’hui !
Instantanément, je me sens assommé. La même force soudaine fait ployer Analayann contre Jad et Jad s’appuyer contre la rambarde. Eno se laisse tomber sur une chaise.
Pénalité fatigue. Avec un petit marqueur, le terme s’affiche en surbrillance sur la console.
Je m’approche de l’elfe laissé seul. Après un mouvement de recul, Eno sanglote. Malmenant à la fois ses tempes, sa main charcutée, ses vêtements, il évite mon regard.
– Ça bouge en bas, on dirait un jeu de plateau, indique Jad. Au balcon rouge, l’un des types masqués a enfoncé un gros bouton sur sa console. Là, ils parlent ensemble.
Un dé de valeur 4 s’efface du dessus de l’arène.
– Mais… On est là ! En bas, je nous vois dans l’arène, et eux aussi d’ailleurs, ils se déplacent, l’un vers nous et l’autre vers les elfes.
Analayann, plus impliquée que moi dans l’étrange jeu qui se met en place, interrompt Jad.
– Attends, est-ce qu’on bouge nos propres pions ?
La lumière de l’arène passe au rouge, et les elfes font apparaître un dé numéroté 6.
– Ça a raté, crache Eno.
Je reporte mon attention sur lui, j’essaie de capter la sienne, derrière les remparts de ses mains tremblantes. Rien n’y fait, il poursuit.
– C’est trop nul, j’ai tout raté, je voulais juste faire les choses bien, et il a fallu quoi… Quelques semaines…
– Qui t’as fait ça ? Aden ? Pourquoi ?
Eno bout. Mes questions touchent injuste, ne l’amènent qu’à monter d’un cran.
– Qu’est-ce que j’en sais moi !
Un cri de désespoir, ponctué d’un signal sonore et d’une lumière qui passe au bleu.
– Devhinn ? Qu’est-ce que tu fabriques ?
Analayann se fait couper par Eno.
– Je devais savoir, tu devais me former pour ça ! Mais t’as préféré t’écraser à mi-chemin et me laisser tomber au fond du gouffre. Je suis à peine arrivé que tu m’as jeté dans le pire affrontement que j’ai jamais vu. J’ai tout essayé pour réparer ça…
– Quoi ? Essayé quoi, qu’est-ce que t’as fait ?
– Catastrophe ! Cette fois c’est aux bleus de reçevoir une pénalité.
– En même temps Jackham, il faudrait que cette équipe se concentre moins sur les spectateurs en dessous et davantage sur l’arène.
– On passe aux jaunes, tant pis !
Vive lumière au-dessus de nous, alors qu’Eno approche soudain l’absence de ses trois doigts si près de mon visage qu’il m’enfoncerait les orbites avec s’il en disposait encore. Jad apparaît spontanément et force Eno à s’asseoir au fond de sa chaise. Il hoquète.
– Quand on est tombé, grand héros que tu voulais être, ce jour là, derrière la Créature, je sais pas ce que t’as foutu ni comment, mais t’es jamais venu avec moi. J’ai passé des jours dans ce monstre horrible. Tout ça pour apprendre que c’était moi le Paradoxe.
– Le quoi ? S’exclame Analayann. Où est-ce que tu as entendu ça ?
– La console s’emballe, nous avertit Jad. C’est à nous.
Jad nous fait signe d’avancer, Analayann tâtonne déjà sur les contours de la console. La lumière de l’arène vire au jaune. Notre mage voit bien mon désintérêt pour le jeu, Eno capte notre échange silencieux et l’interrompt.
– Si si, très bien, tout le monde debout on va jouer, c’est parfait.
Eno arbore un cynisme que je ne lui reconnais pas. Il s’avance déjà vers la balustrade en indiquant l’équipe des elfes.
– Iels veulent me récupérer, renifle-t-il. Vous avez juste à avancer vers elleux. Faut lancer sinon vous allez reprendre une pénalité.
En bas, l’un des masqués verts est à un pas de notre groupe encore empaqueté sur une seule case. Les figures floues d’Analayann, Jad et Eno attendent avec la mienne que nous lançions les dés. Je ne vois pas Ombre dans le lot. Plusieurs elfes rougis se tiennent séparés à deux ou trois cases de nous, Aden et ses contrôleurs bleus enfin forment un carré prudent de quatre cases.
Jad appuie. Nous voyons un 5 s’afficher.
– Ombre dit qu’il t’es peut-être arrivé la même chose qu’à Devhinn, dans ce gouffre. Pendant un instant vous avez peut-être coexisté dans quelque chose de parallèle. Devhinn sous la Créature et toi dedans.
– J’ai jamais vraiment été dedans. Aden m’a appris ça, ce que t’as vu. Quand il essayait encore de se faire passer pour un gentil. Faut vous séparer ou vous aller vous faire castagner par les deux, là.
Il montre les nothics.
– Je vais aller avec Eno deux cases devant.
Automatiquement, nos avatars s’avancent et rejoignent l’un des elfes, celui-là même qui me regardait au départ. Le dé descend à 1. Jad regarde Analayann avec contrariété.
– Vous le sentez comment ?
– Pas bien, affirme Analayann spontanément. Ombre ne répond qu’à moitié, je…
Jad jauge le silence de notre camarade aveugle, avant d’annoncer son coup.
– Je me déplace d’une case sur la droite, vers Aden.
Le dé disparaît, la couleur change. Par la suite, un nothic se retrouve sur la case d’Analayann devant nos regards impuissants. Les commentateurs éructent face à une confrontation qui n’aura lieu que plus tard, quand nous descendrons vraiment. Au tour des elfes, deux d’entre eux reculent vers un cagoulé, un troisième semble s’intéresser aux contrôleurs, et le dernier repousse mon avatar en arrière, et pas celui d’Eno. Le jeune elfe, le vrai, regarde fébrile sa projection future tomber à genoux. Malgré une concentration évidente, son souffle est rapide.
– Eno, si je peux…
– Tu ne peux plus.
– Mais…
– Tu ne peux plus rien du tout, arrête un peu !
Son visage est finalement tourné vers moi, sidéré.
– J’ai plus confiance en toi Devhinn, me lâche-t-il finalement. Mais je t’en veux plus. Tu pensais bien faire.
– Mais si tu retournes avec eux, est-ce qu’au moins…
– T’as d’autres choses à régler. Et lui, là…
Aden, vers qui son regard glisse maintenant, déplace ses troupes costumées en ordre dispersé, presque à l’opposé de nous, vers les tribunes bondées.
– J’avais pas ce qu’Aden cherchait. Parce que j’étais pas le bon. Le Eno qui pouvait l’aider, celui qui s’en est sorti, il existe pas.
Il lève sa main édoigtée par trois fois.
– S’il y a un truc à réparer, c’est ce type.
L’un des avatars de contrôleurs lève son arme, vers le public. Le son du tir mécanique retentit, soulevant une inspiration inquiète des spectateurices, même si rien ne se produit.
– Mais… enfin, qu’est-ce qu’ils font encore ?
– Je ne sais pas Terry, mais en cas de force majeure, la sécurité de l’arène prendra les choses en main.
Jaune, un 3, mais je suis absent. Jad m’interpelle en me disant de rejoindre Analayann, en effet, son avatar côtoie celui d’un nothic depuis bientôt un tour complet, et Eno refuse de se déplacer davantage, explique aux autres qu’il ne doit plus rien faire, que c’est la marche à suivre, qu’il ne s’agit plus du jeu. Jad insiste, mécaniquement je fais le chemin de deux cases en arrière, Analayann choisit de s’extraire du danger, si l’avenir le permet.
Vert, un 2. Le nothic ne bouge pas, les avatars cagoulés s’avancent d’une case, déclenchent quelque chose. Nous voyons spontanément tous nos avatars poser un genou au sol. Pénalité ? Fatigue ? Aucune idée.
Rouge, un 5. Des elfes reculent, un autre se décale, amorçant aussi sa petite musique. Le sol de l’arène prend une couleur beige, luit un peu.
– Ça alors !
– Spectateurices, l’équipe rouge vient de déclencher l’entrée dans l’arène !
– Une résolution précipitée, mais après tout ces elfes sont plutôt en bonne posture.
– On regarde tout ça dans trois, deux, un…
On a mélangé le contenu de mon ventre, agressivement, pendant une seconde ou deux. Du moins c’est la sensation qui me tord, debout, sur notre case de l’arène de l’Anomia.
Les balcons sont maintenant bien au-dessus. Nous sommes entrés, la partie commence.
Instantanément, nous prenons le contrecoup de notre première pénalité, le même assommoir violent. Les nothics approchent maintenant à notre niveau, leurs uniques yeux respectifs cherchant les nôtres, brûlant, du moins c’en est la sensation, la surface de notre peau chaque fois que nous croisons leurs regards.
Rouge. Les elfes avancent, s’organisent séparément comme nous l’avons vu plus haut. Le regard des plus avancés est de nouveau planté dans le nôtre.
Bleu. Le groupe d’Aden avance de bloc, mais presque tous regardent en arrière. Je pense au tir, et m’inquiète de la suite.
Jaune. Je perd tout contrôle du bas de mon corps sitôt la lumière change, et mes jambes m’entraînent sur la case de l’elfe le plus proche, à un demi-mètre de lui, au même rythme qu’Eno. Une musique d’action s’élance au loin sitôt que nous partageons le même carré, mais nous nous contentons de nous observer. Mes jambes, libres un fois qu’elles s’arrêtent, flageolent un peu. Eno baisse la tête.
Vert. Un nothic atteint la case d’Analayann et s’élance sur elle. Sur la case voisine, Jad lance un sort dans sa direction, un de ceux qui repoussent leur cible. Cela fonctionne quelque peu, mais après une griffure portée à Analayann, toujours cramponnée à la bulle d’Ombre. Elle lui crie d’ailleurs de se réveiller, de sortir, de nous aider.
Rouge. Le cagoulé à portée d’un elfe un peu plus loin se fait transpercer par une lance sans rien avoir pu faire. La foule s’exclame. Sur notre case, l’elfe tend la main, un geste qui suffit à faire avancer Eno. L’elfe s’adresse soudain à moi.
– Personne d’autre ne peut te soigner. Ton temps est entre tes mains.
Sa main attrapant un objet invisible fait un quart de tour. La mienne, de cire à moitié vêtue, est parcourue d’une vague de lumière brève. Sitôt disparue, je suis projeté plusieurs cases en arrière. Des cris enragés explosent dans le public. Je me relève rapidement, hors du placement attendu, les commentateurs congratulant la puissance inattendue déployée par l’elfe. Je regarde mes doigts le souffle court, persuadé que la cire a progressé, ne serait-ce que d’un demi-centimètre.
A deux cases sur ma droite, Aden. Il me regarde me lever avec une grimace.
Bleu. Sans me quitter des yeux, Aden fait un geste. Derrière, un contrôleur tire dans la foule. Des cris de nouveau, d’horreur, alors qu’une spectatrice tombe à la renverse et laisse choir un grand plateau de nourriture.
Des huîtres entre autres crustacés, se déversent au bord de l’arène. Les commentateurs s’exclament de plus belle, dénoncent une triche ignoble, l’acte plus que sa conséquence, et une, non deux perles contenues dans les coquillages roulent sur le terrain.
A l’opposé, un hurlement strident, celui d’un nothic soudain transpercé. Ombre vient d’apparaître, et a flanqué un coup tout aussi vite à la créature non préparée. Public comme commentateurs n’ont plus l’attention nécessaire pour ajouter ce membre d’équipe imprévu à leur liste de triche de cette partie.
L’arène vire au noir, brièvement éclairée par des spots aux quatre coins qui clignotent toutes les secondes. Un contrôleur saisit une perle sur son chemin, l’observe, secoue la tête. L’autre glisse joyeusement sur les cases voisines d’Aden. Ce dernier pousse, force, agrippe le mur invisible qui l’empêche de quitter volontairement sa case… jusqu’à parvenir à passer du poignet au coude, hurlant de douleur.
Bouches bées, nous le regardons étirer son bras jusqu’à la petite bille suintante, finalement l’attraper et ramener son membre à lui d’un geste empressé. Au sol, épuisé par sa transgression, Aden nous regarde de longues secondes.
Il a fait tirer sur des innocents, s’est fait lui-même souffrir, pour récupérer une pauvre perle d’huître. Il a torturé Eno de toutes sortes de manière sans aucune assurance d’obtenir les informations qu’il convoite.
Qui sait ce dont il serait capable pour nous réduire à néant.
Pourtant, il se lève.
Enserre la bille blanche dans sa main rougie.
Et nous tourne le dos.
Aden fait ce même geste vers le bas qui signifie “tirez, peu importe les règles”.
Les contrôleurs rafalent le plafond.
Le bruit métallique, cette fois, est celui de la cage aux anomies, tout en haut, qui finit par céder.
Appuyé comme j’étais contre le mur invisible de ma case, je tombe en avant lorsqu’il disparaît soudain. Des coquillages, par dizaines, par centaines, tombent en pluie sur toute l’arène. Les tribunes se vident, Aden s’y dirige en courant. C’est en courant aussi qu’Ombre passe soudain à côté de moi dans la direction du fils du Château.
Une voix nous avertit, “dans 10 secondes, la pénalité fatigue maximale s’appliquera à tous les êtres présents dans l’arène de l’Anomia”.
10 secondes.
9 secondes.
Les elfes ont presque disparu. Il n’en reste qu’une, qui exécute elle aussi un geste magique obscur.
8 secondes.
7 secondes.
Une case s’allume, chaleureuse, au milieu de l’arène noircie. Jad aide déjà Analayann à marcher.
6 secondes.
5 secondes.
Je ne vois plus Aden. Plus Ombre non plus. De l’autre côté, seul le champion cagoulé plus tôt transpercé est encore présent, fuyant à quatre pattes l’arène endiablée.
4 secondes.
3 secondes.
Eno n’est donc plus là. C’est fini.
Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir réglé ni ses problèmes, ni les miens. En fait, je n’ai que l’amère sensation de l’impuissance. Encore.
2 secondes.
1 seconde.
Jad et Analayann ont atteint la case brillante, s’écroulent au sol comme si toute la douleur s’évanouissait d’un seul coup. Analayann appelle son ombre, m’appelle, sa voix se calme en entrant dans l’espace de leur case.
Zéro.
Je me sens électrisé, par un toucher de l’épaule. Ombre y a posé sa main.
Une Ombre peut-elle vraiment être fatiguée ? Sur ellui, je croirais presque voir les tressautements de quelqu’un qui a couru trop vite, sans succès.
Iel me pousse dans le carré salvateur, alors que nous entendons pénalité fatigue, pénalité fatigue, pénalité fatigue, à l’infini. Analayann et Jad sont déjà inconscients.
Dans la brume de mon corps qui lâche, je me sens terriblement apaisé.
Je ne peux croire que c’est mon cerveau qui cesse d’avoir mal. Je n’ai aucun sentiment d’accomplissement. Mes yeux se fermant, je crois voir la pluie de coquillages cesser, Ombre se tenant au milieu, observant le tas de corps assoupis que nous formons.
Je suppose qu’iel nous a rejoint ?
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J’adore le principe de la pièce !
Mais elle est juste effrayante TT_TT
J’ai vraiment flippé au premier tir d’Aden, arrêté par magie heureusement. Et puis la suite… le fait que personne ne réalise les conséquences (« oui il fait tout ça pour une perle d’huitre »… si seulement TT_TT). Je suppose que la fin est l’occasion pour tous les persos de la saga de plonger dans la pièce 2000 ?