Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
STATION : PORTE DE LA CHAPELLE
STATION : PORTE DE LA CHAPELLE

STATION : PORTE DE LA CHAPELLE

Pièce n°2240
Écrite par Lev
Explorée par Lou
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques > >>

Je me réveille assise, toute raide sur un banc, dans une station délabrée. 

Je cligne des yeux, tente d’extraire de mon cerveau embrumé les souvenirs issus des dernières heures de ma vie. Tout me revient par fragments épars — musique, danse, bruissement de soie et de velours ; unique carreau de vitrail rouge sang ; flûtes d’alcool pétillant ; regards immobiles ; chair putréfiée ; coquillage, lourd dans une paume tremblante ; éclats de voix — qui finissent par se recomposer dans un récit à peu près stable, à peu près fidèle. Le dernier débris de souvenir vient se loger dans ma mémoire avec un bruit de verre brisé, de perles qui chutent et roulent sur le parquet. 

Je glisse une main dans la poche de mon pantalon. Mes doigts effleurent la surface lisse de la perle que j’ai ramassée, seule chose qui semble m’avoir suivie à travers la frontière du rêve. Je ne l’extirpe pas de ma poche pour l’examiner à la lumière, je la laisse là. Je la soupèse : elle me paraît étrangement lourde, elle est étrangement froide. J’ai le sentiment qu’elle n’est pas tout à fait ce qu’elle semble être. 

Dans mon autre poche se trouve un prospectus plié en quatre que je n’ai pas encore pris le temps de consulter. C’est celui que m’a tendu l’adorable peluche qui, par coïncidence, figurait également dans le rêve dont je viens de me réveiller.

Un homme passe vaguement la serpillière autour des bancs qui meublent la station. Dans son sillage s’étirent les odeurs du balai à franges qui n’a jamais correctement séché et du produit d’entretien à la composition chimique calibrée non pour le confort olfactif, mais pour son efficacité antiseptique. Le mélange des deux est infect : je m’efforce de respirer par la bouche.

Après son passage éclair, des traces de produit maculent le sol — qui n’est pas davantage propre que tout à l’heure — et l’air sent considérablement plus mauvais. 

— Pour la dixième fois, Monsieur : il faut se lever. Ce n’est ni l’heure, ni l’endroit pour dormir.

J’incline légèrement la tête vers l’éclat de voix. Un monsieur en uniforme, talkie-walkie plaqué contre la cuisse, poings campés sur les hanches, intime à l’homme recroquevillé sur un banc voisin de se redresser. Il est déjà passé plus tôt, et, à l’entendre, à plusieurs reprises auparavant. Il a déclamé cette phrase comme une réplique de théâtre : tant à l’adresse de l’homme qu’il toise que de l’ensemble des voyageurs présents dans la station, comme s’il tenait à ce que son Autorité soit perçue par tous. Le ton qu’il emploie me hérisse le poil.

L’homme obtempère, bredouillant quelque chose qui ressemble à une excuse, et se redresse en grimaçant. Il porte un costume froissé, une cravate mal nouée autour de son cou. Il a l’air épuisé, en piteux état. Sans doute quelqu’un qui a un peu trop arrosé sa soirée et qui n’a pas réussi à retrouver son chemin. Son regard croise le mien et je détourne les yeux. 

Je relève alors la tête vers le panneau lumineux qui indique les horaires de passage du  Castram et laisse échapper un soupir agacé. Huit minutes avant le prochain train. J’enfonce mes mains dans les poches de mon pantalon, fait rouler la petite perle entre mes doigts, effleure les plis du prospectus, étire mes jambes devant moi. Décroche un énorme bâillement. L’attente me semble interminable.

Sur le quai, un petit attroupement commence à se former. Devant moi, un jeune loup-garou mal peigné, encore assommé par le sommeil, scrolle en boucle sur son cellulaire. Il regarde des vidéos générées par Imitation d’Âme mettant en vedette une femme avec une tête en forme de tasse de café et un homme en forme de bout de bois. C’est captivant et je me surprends à regarder longtemps, hébétée, par-dessus son épaule.

Le Castram finit par arriver, et nous nous engouffrons tous dedans, à l’exception de l’ivrogne confus qui reste assis sur son banc.

Signal sonore. Fermeture des portes. Accélération. 

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4 commentaires

    1. Lev

      En fait elle ne s’en souviendrait pas, mais on ne suit pas les aventures de Lou de façon exhaustive donc elle l’a en effet redécouvert depuis son réveil… Et, oui, rapidement pris pour acquis ! 8 minutes, quand même…

  1. Aaaah ! C’était Alden sur le banc ? Mais bichoune TT_TT
    Huit minutes d’attente pour le Castram ? Il est pas très régulier XD
    C’est rigolo l’application Imitation d’Ame, la tasse et l’homme en bois sont un clin d’œil à Disney ?

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