Pièce n°1798
Écrite par Aztran Maist
Explorée par Adam Pinkman
… Sombre. La porte se referme violemment derrière moi, me laissant dans le noir total. Je n’ai même pas eu le temps de voir ce qu’il y avait dans cette pièce.
“Le zippo!”
Je fouille dans ma besace à l’aveugle – j’aurai dû le mettre dans une de mes poches. Après quelques secondes à tâtonner, je pose enfin la main dessus. Je l’ouvre et
Tchak tchak tchak
Il s’allume. Ce n’est pas le meilleur éclairage que j’ai vu, mais je n’ai rien d’autre à disposition pour le moment.
La pièce est circulaire, plutôt petite, elle doit faire environ entre treize et seize pieds¹ de diamètre. Il y a un escalier, en colimaçon. Je lève ma tête, avec la lumière que dégage mon zippo je n’arrive pas voir très loin, mais ça m’a l’air haut. Bon, il y a quoi d’autre dans cette pièce? Un petit coffre en bois, juste là où se trouvait la porte quelque instant plus tôt.
Je me penche et l’ouvre, un flambeau, je le prend, il est huilé “Soit j’ai de la chance, soit quelqu’un – ou quelque chose – m’aide, enfin bref, je ne vais pas cracher dessus”. Je l’allume et tout de suite la luminosité s’améliore grandement. Je regarde une nouvelle fois au-dessus de moi, ouai, il monte énormément cet escalier. On dirait qu’il n’a pas de fin. Mais ne voyant pas d’autre option je commence l’ascension.
Les marches sont inégales, tordus et usé par le temps, je mit du temps à m’y habituer, au début trébuchant sans arrêt, mais après une heure d’ascension j’arrivais à grimper normalement. Parfois elles – les marches – étaient espacées de trois à quatre pouces, par d’autre moment juste de un ou un et demie²; parfois elles étaient raides, en pente, à d’autre moment presque plate. L’avancée était donc inégal, je pouvais grimper de trois pieds³ en quelque minutes comme en plusieurs dizaines.
Je ne sais combien de temps j’ai marché. Mais je fit une pause sur une partie plate, épuisé, affamé et assoiffé. Je pose la torche à côté de moi, sur la marche inférieure en essayant de la faire tenir en équilibre, ça me prit un peu de temps mais j’y suis arrivé. Je me coupe un morceau de pains sec et verse un peu d’eau dessus pour le ramollir, je retire aussi deux morceau de bœuf séché de l’emballage de chiffon – et j’en profite pour compter combien j’en ai, vingt, en comptant ce que j’ai pris, mais ils sont plutôt gros et épais, ça devrait me tenir un certain temps. J’en profite aussi pour prendre deux gorgées de whisky⁴, ça me brûle la bouche, puis la gorge, je sens le liquide descendre mon œsophage et arriver dans mon estomac “merde ça faisait longtemps, avec leur c** de Prohibition”. Je mange lentement, le pain à ramolli mais reste quand même dur, je ne vais pas m’en plaindre quand même. Je finis aussi la première bouteille d’eau. Puis je sors une cigarette de sa boite, la pose entre mes lèvres et… non, j’ai promis à ma femme que j’arrêtais de fumer. “Ma femme? Oui, Louise, j’ai une femme, je l’avais oublié, comment j’ai pus oublié ça. Et…et ma fille Faroe.” Je range la cigarette. Comment j’avais pu oublier leur existence. Je reprend un gorgée de whisky, ça au moins ça ne va pas me tuer⁴
Je me sens fatigué. Je m’allonge comme je peux dans cet espace étroit, pentu et je ferme les yeux.
Je n’arrive pas à dormir. Ou pas bien. Je ne sais pas si je rêve ou si j’hallucine. Mais je vois une forêt de grand pin rouge, plongée dans le noir par une nuit où la lune se fait timide. Puis une maison, seul, perdu dans les bois. Elle semble inhabitée, à l’abandon, pourtant de la lumière sort de quelques fenêtres. Et puis, une homme, en costume. Un masque de forme canidé, ressemblant à un renard, fait dans une pierre bleue claire à la surface, profond plus en dessous, comme s’il avait été sculpté dans un glacier. Puis un salon, deux tasses de thé, un cris, non deux. Je me réveille en sursaut. Un cris venait de mon rêve, mais un autre bien réel s’y superposait. Il continuait, de plus en plus fort et de plus en plus vite. Il venait d’au-dessus de moi et était humain.
Je fit mon paquetage en vitesse, rallume la torche qui s’était éteinte et me mit à grimper pour aller à la source de ses hurlements. Ça me prit, il me semble, un quart d’heure pour y arriver.
Là dans le mur était creusé un alcôve, fermé par d’épais barreaux en fer. Se tenait devant moi, les mains agrippées audit barreaux, un vieil homme, décharné. Sa peau était d’une blancheur maladive, ses joues creusées, ses doigts longs et squelettiques – tout comme le reste de son corps – terminé par des ongles longs comme je n’en avais jamais vu. Il avait pour seul habit un pagne fait de tissus.
Quand il me vit ses yeux s’écarquillèrent, et maigre comme il était on aurait dit qu’ils allaient sortir de ses orbites. Il ouvrit la bouche et un relent fétide vint me caresser le nez.
《Je le savais, j’avais bien entendu quelqu’un. Libérez moi, s’il vous plaît, il faut me libérer. Il me retient depuis tellement longtemps
— Qui vous retient? Dit-je en cherchant une serrure
— Lui. Lui. C’est Lui qui me retient. Il m’a enfermé. Il faut me libérer. Me libérer, par pitié.
— Je…je ne vois pas de serrure. Et même si il y en avait une, je n’est rien pour la crocheter
— Non! Vous devez me libérer.
— Je sors de cet endroit et je reviens vous chercher. On va faire ça, là pour le moment je ne peux rien pour vous》
Sous mes yeux ébahie l’homme se mit à taper sa tête contre les barreaux, de plus fort, tout en criant
《Me libérer, vous devez me libérer, vous devez me libérer, me libérer, me libérer, vous devez, devez, libérer, libérer, me libérer, vous devez, libérer libérer libérer》
Et il continuait, s’écrasant le crâne et hurlant.
Puis il s’arrêta. Me regarda droit dans les yeux – le crâne en sang – les siens devinrent vitreux. Puis sous mon regard horrifié ils sortirent de leur orbites et tombèrent, de même que ses dents, son nez, ses cheveux. Il se mit à hurler de douleur, la peau de son visage se fissura en deux, un museau lardé de plusieurs rangés de dents acérées sortit de celui-ci, deux pattes griffues sortirent aussi de sa tête, déchirant violemment le crâne en deux. Un monstre horrible sortait de lui. Je fit tomber ma torche et m’élança vers le haut. Dans la course, je perdit mon borsalino italien. J’entendis les barreaux se tordre, se casser, puis le bruit de griffes sur la pierre. Je courais, courais, plusieurs fois je perdit l’équilibre, mais avec l’adrénaline je me relevais vite et continuais de monter alors que des grognements sortant tout droit des profondeurs de l’enfer se rapprochaient de plus en plus. Et puis je me cogna la tête contre le plafond. “Putain, putain” je tâtonneais alors que le monstre se rapprochait, son haleine fétide, rappelant une fosse commune se propageait dans l’escalier et devenait de plus en plus forte. Mais je ne trouvais que de la pierre. Pas de sortie. Les bruits des griffes, les grognements, de plus en plus fort, de plus en plus proche. Je sortis le zippo que j’avais rangé dans ma poche.
Tchak tchak tchak tchak
“Putain putain”
Tchak tchak
Il s’alluma. Le monstre était tout proche, au tournant. Et là je vit, presque enfoncé dans la pierre une poignée, c’était une trappe. Je l’attrapa et la poussa.
¹Soit environ entre 3.96 m et 4.5 m
²Soit 3/4 pouces = 10 cm et 1/1.5 pouces = 3 ou 4 cm
³Un peu moins de 100 mètre
⁴L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Buvez avec modération (ou pas du tout c’est mieux). Et si ça peut vous tuer.
Les morceaux de boeuf séché me font penser à la barre de nourriture sur Minecraft !
Ton personnage a des activités rares dans le Château : manger, dormir… tout pour une vie saine. (Bon, se faire poursuivre par un monstre sorti d’un être vivant en décomposition, un peu moins, certes.)
Le côté hypnotique du « me libérer » est très intéressant, on craint le piège qui nous attend mais on ne le comprend pas avant de le lire !