Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LA PIÈCE AUX COUTEAUX
LA PIÈCE AUX COUTEAUX

LA PIÈCE AUX COUTEAUX

Pièce n°1843
Écrite par Alké
Explorée par Alké

Il faut m’imaginer remontant un long conduit en pente douce, parmi des épluchures moisies, et ce dans le noir total. Je ne progressais pas vite. S’il y a une chose qui me répugne, c’est bien de ne pas voir où je mets les mains – qui comptent parmi mes principaux outils de travail. Je garde un très mauvais souvenir du jour où, fouillant la vase à la recherche d’une algue des douves, chara fossatorum, je me fis mordre par un serpent d’eau douce. Venimeux, le serpent. Je crus perdre l’usage de mes mains pour toujours. Finalement, seul mon auriculaire droit ne s’en est jamais remis. Les plus petits membres sont toujours ceux que le corps abandonne en premier.

« Pourvu que la cuisine ne soit plus très loin », grognai-je avec une pensée pour ma pauvre Flore qui ramassait elle aussi les épluchures – malgré mes essais de contorsions, je n’avais pas trouvé assez de place pour la ranger dans ma sacoche. Bon, elle en avait vu d’autres.

La pente s’accentuait. Une odeur de courge crue parvint à mes narines, remplaçant progressivement celle des moisissures. Rien qu’à imaginer une bonne soupe de potimarron, je me mis à saliver. De quoi retrouver de l’énergie pour avancer.

Quelques mètres plus loin, mon nez heurta une paroi. Je tâtonnai, cherchant un passage, une trappe. La paroi était lisse, un peu bombée, avec de profonds sillons à intervalles réguliers. Rien ne bougeait. Par contre, une lumière diffuse émergea de la paroi, qui prit une teinte rouge orangé. Je clignai des yeux. Autour de moi, le conduit s’était agrandi : j’avais désormais assez d’espace pour me dresser sur les genoux. Alors que je rangeais ma Flore, inquiète de la suite, une voix au timbre métallique surgit de nulle part pour exiger : « Veuillez choisir votre lame ».

Gloups. Ravalée, la salive. Oublié, le bon repas. Un cliquetis retentit sur ma droite, et je découvris, accrochés au mur, quatre couteaux bien aiguisés. Le premier, doté d’un manche en bois, ressemblait à un Opinel. Le deuxième, plus long, était à double tranchant. Le troisième avait une lame recourbée à la façon d’une faux et le dernier… un épluche-légumes.

À quoi ces couteaux étaient-ils censés servir ? combattre un serpent ou peler des patates ? Je tentai plusieurs questions, mais la voix métallique resta muette. Ayant déjà un bon couteau dans mes affaires – quoique, il commençait à s’émousser à force de découper tiges, racines et rameaux –, je jetai mon dévolu sur la lame recourbée.

À l’instant où je la décrochai, la paroi bombée se fissura dans toute sa longueur et s’élargit juste assez pour me laisser passer. Je brandis mon drôle de couteau, prête à tout.

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2 commentaires

  1. Elle aurait pu s’appeler la pièce du vide-ordure ! (Je suis méga fan des vide-ordures, passion bizarre, certes.) Ca aurait aussi pu être drôle qu’Alké choisisse l’épluche-légumes – menfin, le couteau était sans doute plus prudent. Je suis curieuse de lire la pièce suivante… peut-être un concours de vitesse d’épluchage contre la Créature elle-même ?

    As-tu déjà pensé à dessiner les plantes que tu découvres ?

    1. Coucou, merci pour ton passage ! J’avais beaucoup hésité sur le titre mais il existait déjà une pièce du vide-ordures, je ne voulais pas créer un doublon. La pièce suivante arrive bientôt avec son lot d’épluchage !
      Et j’aimerais beauucoup illustrer toutes les plantes rencontrées par mon exploratrice mais je ne suis pas très douée avec les crayons… Affaire à suivre cependant parce que j’aimerais prendre des cours de dessin botanique 🙂

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