Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE CASINO DE LA RIVIERA
LE CASINO DE LA RIVIERA

LE CASINO DE LA RIVIERA

Pièce n°1909
Écrite par Jad de Salicande
Explorée par Jad de Salicande
En compagnie de Analayann, Devhinn & Ombre
Fait partie de la saga << < Chutes prophéties et assimilées > >>

La beauté et l’opulence des lieux nous font nous arrêter quelques instants. Je n’ai jamais vu un endroit aussi somptueux. Nous sommes dans une immense entrée sur un tapis rouge, et des personnes font la queue vers un accueil devant nous. Elles sont toutes habillées magnifiquement - certaines ayant des vêtements que je n’avais jamais vus jusqu’ici : plumes, chapeaux, gants en velours… Je ne m’attarde pas sur le chic des personnes devant nous pour ne pas mesurer le contraste qu’il y a avec notre accoutrement.

— Je pense que nous sommes dans un casino, explique Devhinn.

— Et alors, tu penses qu’on va trouver ton ami après une partie de poker ou que ce sera le gros lot d’une machine à sous ? demande Ombre sarcastiquement.

— Arrête d’être aussi désagréable, il décrit juste la pièce, intervient Analayann.

— C’est quoi un casino ? 

Je n’avais jamais vu un endroit aussi luxueux. L’endroit le plus luxueux de mon village, c’était la mairie, et ils n’avaient aucun lustre en pierres précieuses au plafond.

— C’est un endroit où tu joues à des jeux en pariant une somme. Il arrive quelquefois que tu remportes beaucoup plus que ce que tu as misé, mais ça reste décidément des endroits où tu perds ton argent. Mais il faut quand même de l’argent pour pouvoir entrer, et je crois bien que nous n’en avons pas…

L’explication de Devhinn est interrompue par l’arrivée d’un serveur tenant un plateau avec des flûtes remplies d’un liquide doré.

— Bienvenue au Casino de la Riviera du Château, dit-il avec un grand sourire. Vous avez bien fait de venir ce soir, c’est l’anniversaire des cent ans de ce lieu. Voulez-vous une coupe de champagne pour bien commencer votre soirée ?

— Cela ne sera pas de refus, merci beaucoup.

Je prends une coupe et la bois comme si c’était de l’eau. Grave erreur ! La boisson me pique la gorge, les bulles me remontent dans l’œsophage et je commence à toussoter un peu. Devhinn, Analayann et Ombre me regardent avec des yeux écarquillés, leur flûte à la main toujours remplie.

— Tu te rends compte que ce n’est pas comme ça qu’on boit le champagne, me dit Ombre avec son ton condescendant – ou sarcastique, ou méchant je n’arrive plus à faire le tri à force.

— Je n’en avais jamais bu, réponds-je, je ne me doutais pas que c’était une boisson alcoolisée.

— Oh ne vous inquiétez pas monsieur, je peux vous offrir une nouvelle flûte pour ce soir : mais ça reste entre nous, dit le serveur avant de repartir en nous faisant un clin d’œil.

Nous continuons à siroter nos verres en silence. Je sens que nous sommes tous exténué-es après ce que nous venons de vivre, moi le premier. Je ne sais pas quelle est la prochaine étape. Je me sens particulièrement fragile – certes, j’ai réussi à lancer des sorts mais avec beaucoup de difficulté… J’ai l’impression que j’en ai la capacité mais une partie de moi refuse de dépenser de l’énergie pour la magie. C’est comme si j’avais un muscle qui refuse de m’obéir, et je ne supporte plus d’être aussi dépendant des autres. 

Je termine juste ma seconde flûte de champagne quand le monsieur à l’accueil nous fait signe de nous approcher.

“ Je vous souhaite la bienvenue au 100ème anniversaire du Casino de la Riviera du Château. En cette soirée exceptionnelle, vous avez le droit chacun à 50 ûtaches d’or pour commencer la soirée. Que la chance soit avec vous ! ”

Le monsieur nous donne à chacun-e une bourse de pièces et nous fait signe d’entrer à notre gauche dans la salle principale. La richesse et l’extravagance des lieux ne font que continuer. Tout le monde prend part à un jeu quelque part en misant des pièces, des pierres précieuses voire même des bijoux ; des éclats de rires ou des cris de rage fusent partout. Ce tourbillon visuel et sonore me fait oublier toute fatigue et pour la première fois depuis longtemps je me sens bien. Je me sens à l’aise. Je me sens prêt à conquérir le monde.

— On devrait peut-être partir d’ici le plus vite possible, dit Devhinn. Je pense que rester là ne serait qu’une perte de temps.

— C’est rare mais je suis d’accord avec lui, répond Ombre. Quel est l’intérêt de rester au casino ?

— L’intérêt ça peut-être justement de gagner des pièces d’or. Ce sera sûrement un moyen futur de nous sortir d’une situation compliquée ou de négocier quelque chose – la libération de ton ami Emo par exemple Devhinn.

— Eno, corrige-t-il.

— Enfin bref t’as compris. Au pire laissez-moi vos bourses d’or, j’essaie de gagner de l’argent et pendant ce temps vous essayez de trouver une sortie – moi je n’en ai pas vue pour le moment.

Je profite de leur surprise pour subtiliser leur bourse d’or et me fondre dans la foule. Au diable Eno, les contrôleurs ou les amis du Château, je compte profiter de cette soirée ! Ce n’est pas tous les jours l’anniversaire des cent ans du Casino de la Riviera. 

Je déambule en regroupant toutes les pièces d’or dans une seule bourse et je vois beaucoup de gens attablés en train de jouer aux cartes, de regarder une boule rouler au milieu de numéros colorés ou de jouer au dé. Un serveur arrive et je lui demande ce que font ces gens :

— C’est votre première fois au casino ? Alors que je vous explique : à la table là-bas ils jouent à la roulette. Le but du jeu est de parier sur la couleur, la parité ou le numéro sur lequel la boule va tomber. Ici, nous assistons à une partie de poker. Les clients ayant le plus d’argent ont l’occasion de jouer dans le salon VIP, que vous voyez là-bas.

Le serveur me montre une lourde porte gardée par deux hommes habillés en noirs, mais je préfère ne pas m’attarder sur ce détail. Car une idée vient de germer dans mon esprit : je peux gagner de l’argent. Avec ma magie. Je suis sûr que je peux trouver un jeu assez simple qui nous permette de gagner de l’argent. Plein d’argent. Pour faire quoi ? Tu es dans le Château, c’est pas comme si tu allais pouvoir t’acheter un lopin de terre avec. Cette voix, qui est un mélange de celle d’Ombre et de ma grande sœur, me parvient faiblement derrière une sorte de voile brumeux qui se forme peu à peu dans mon esprit.

— Et là-bas ? dis-je en montrant des grosses machines devant lesquelles des gens actionnent un levier coloré. 

— Ça, monsieur, ce sont les machines à sous. Mais, entre nous, je ne vous les conseille pas, la…

Je n’entends pas la fin de la phrase du très aimable serveur, car je sais que je peux faire quelque chose avec ces machines. Il y en a une dizaine, et un sort apparaît dans mon esprit avant même que je ne réfléchisse : Ibunyakin ang-mihi.

J’ai maintenant connaissance des prochains coups gagnants. Et je ne suis même pas fatigué ! Est-ce que le champagne est un catalyseur de magie, un de ceux dont le Maître m’avait parlé à l’époque ? 

Je déambule parmi les machines. Celle à ma droite me ferait gagner en 1233 manches, celle à ma gauche en 3746… Celle du fond là-bas, en 10 manches ! Je me rue dessus, poussant au passage une dame d’un certain âge qui veut s’asseoir, et je lis le tarif pour une partie : 10 ûtaches d’or. Bien plus qu’il ne m’en faut pour gagner. J’insère les pièces d’or et je regarde défiler devant moi trois images très rapidement. Cela aurait pu être amusant si je ne connaissais pas d’avance le résultat : étoile, coeur, tour. Je rejoue une deuxième manche en commençant à voir si je peux faire un autre jeu sans tricher cette fois… quelle perte de temps. Je soupire fortement. Pense à l’argent que tu vas gagner ! Ah oui, je suis venu ici pour une simple et bonne raison : devenir plus riche que n’importe qui ici. Quoi que je ne sache pas combien d’ûtaches je doive gagner pour acheter une maison ou une douche avec de l’eau chaude comme dans la pièce de l’autre fois. Je me sens divaguer, et ce n’est pas bon : je dois gagner de l’argent.

Je commence à somnoler lorsque j’actionne le levier pour une dixième fois : une pluie de pièces tombent et je me dépêche de les placer dans la bourse. Je ne sais pas combien j’ai gagné mais avoir trois tours qui s’affichent sur la machine est assez rare par rapport aux autres combinaisons gagnantes. Je sens un courant d’air et en me retournant je tombe nez à nez avec Ombre et Analayann qui la suit d’un pas peu assuré.

— Qu’est-ce que tu fais là, je demande.

— C’est toi, qu’est-ce que tu fais là. Tu étais où tout à l’heure ? répond Ombre, visiblement agacé·e.

— Et bien j’étais à la table de poker là-bas, dis-je en montrant la table du doigt.

— Et il n’y a rien qui t’a surpris ?

— Non. Enfin si, je ne trouve pas ça normal que seuls les plus riches aient le droit de…

— Il y avait un contrôleur, Jad, intervient Analayan. Comment as-tu pu le rater ?

— C’est à vous que je pose la question, comment avez-vous pu le rater

— On était à l’autre bout de la pièce, explique Analayann, et le temps d’arriver à la table il était déjà parti.

— Mais nous t’avons vu traîner à côté après que tu aies piqué nos bourses, renchérit Ombre. Je ne savais pas qu’il fallait surveiller tout ce que tu faisais. Je répète : comment as-tu pu le rater ?

— Je ne sais pas, peut-être que je ne faisais pas attention. En tout cas, regardez tout l’argent que j’ai gagné – que nous avons gagné, je précise avec générosité. Et il est où Devhinn ? demandé-je, balayant la pièce du regard pour rechercher mon allié. 

— C’est un peu le cadet de nos soucis tu ne penses pas ? rétorque Ombre.

— Oh ça va qu’est-ce que tu lui veux, à ce contrôleur ? Le massacrer à coups de pieds comme tu sais si bien faire ?

Je prends ma bourse d’une main et une flûte de champagne qui traîne au bord d’une machine à sous et marche dans la direction opposée à celle d’Analayann et Ombre.

Ça va, je peux le retrouver, leur contrôleur. Maintenant que je sais faire plein de magie ! Il y a bien un sort qui permet de retrouver la trace énergétique de quelqu’un, qui est assez efficace mais très énergivore. Mais vu que je déborde d’énergie, allons-y ! 

— Il était assis où le contrôleur ? demandé-je à Annalyann qui vient de me rejoindre tout en finissant ma troisième flûte de champagne.

— Je ne pense pas que ce soit à moi qu’il faille demander, me répond-elle.

— Il était assis là, me dit Ombre en désignant une chaise. Qu’est-ce que tu vas faire, de la magie ? Je pensais que…

— Chut ! dit Devhinn, arrivant de nulle part. Il est interdit pour des magiciens d’aller dans les casinos, pour des raisons évidentes, dit-il en désignant la bourse d’argent pleine à craquer.

Comme j’écoute Devhinn à demi-mot, je lance mon sort sans hésiter :

Nasaan-ka !

Je manque d’éclater de rire quand je sens la trace énergétique du contrôleur. Il est dans la zone VIP, tout simplement. Mes trois acolytes n’ont pas l’air de rire quand je vois leur regard fixé sur moi. Et celui du serveur aimable. Et des gardes de la zone VIP. Et de pratiquement toutes les personnes présentes dans le casino. 

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant, chuchote Annalayann. Tu n’as pas été très discret sur ce coup, Jad. 

— Maintenant que tout le monde sait que je suis magicien, autant en profiter, non ?

Animé par une force que je ne contrôle pas (ou par les effets catalyseurs du champagne, que sais-je), je lance la bourse en l’air et prononce ces mots en langue des magiciens : Haya mong umula !

Il se met à pleuvoir… des pièces. Ce n’est qu’une illusion, créée par les vraies pièces qui retombent sur le sol mais suffisante pour que tous les clients essaient de se jeter dessus. Cela provoque une confusion suffisante pour ralentir la venue des gardes vers nous.

— Courons ! dis-je, en montrant la salle VIP du doigt.

Ombre prend la main d’Analayann, Devhinn s’élance au-dessus d’une table de jeux et nous courons. Il dégage de notre chemin la plupart des personnes qui viennent vers nous et je m’occupe du reste. Il n’y a qu’une dizaine de mètres qui nous séparent de la lourde porte mais j’ai l’impression qu’il y en a cent. Ce qu’il se passe autour de moi est flou désormais. J’ai soif, je commence à avoir mal à la tête et chaque pas que je fais me déstabilise comme s’il y avait un mini tremblement de terre. Devhinn arrive devant la porte, l’ouvre difficilement et après avoir vérifié qu’Ombre et Analayann sont toujours derrière nous, je fais un pas de plus avant de tomber dans la pièce suivante.

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