Tout au bout du bord de l’extrême, derrière les dernières montagnes du Monde, s’élève le Château des 100 000 pièces Les murailles, et les tours et les étages de ce palais s’élèvent, à ce qu’il vous paraît, bien au-delà des nuages, au-dessus des cimes.
LE BUREAU DES VIGILES
LE BUREAU DES VIGILES

LE BUREAU DES VIGILES

Pièce n°1908
Écrite par Lev
Explorée par Alden
Fait partie de la saga << < Cercles Concentriques > >>

Nous entrons dans une sorte de bureau et on me fait asseoir. L’un des deux hommes s’installe en face de moi, derrière un épais bureau en bois massif, sur une chaise pivotante qui grince sous son poids. L’autre reste debout derrière, bras croisés devant son torse. 

Mon mal de tête n’a pas disparu, mais semble s’être concentré en deux points de douleur pulsatiles au niveau de mes tempes, qui irradient jusque derrière mes yeux. Abruti par la douleur, je garde les yeux rivés sur le bureau devant moi. Son plateau en bois verni est marqué, près de son bord, d’une série de cercles pâles, empreintes laissées par des tasses trop chaudes. Je ne sais pas pourquoi je m’arrête sur ce détail, mais il capture à cet instant toute l’attention de mon cerveau meurtri.

Je sens que les hommes me toisent. Dans la périphérie de mon regard, les traits de leurs visages fondent et se brouillent grotesquement. Leurs yeux ne sont plus que des cavités béantes, leurs bouches de grossiers froncements dans un amas de chair flasque et difforme. Le tout ondule et se déforme lentement en cercles concentriques, comme l’eau troublée par une pierre. Puis je relève la tête, avec grand effort, et ils reprennent une forme passablement humaine, mais sans permanence. Tout à l’heure, il me semble que l’homme assis devant moi avait une grosse moustache rousse. Désormais, sous sa casquette, il est brun, et son visage est rasé de près. 

Un éclair de douleur plus vif me fait tressaillir. L’homme, voyant que je ne semble pas disposé à le faire, se décide alors à m’adresser la parole : 

— Alors ?

Il y a un nouveau blanc, puis, gêné par ces silences qui traînent en longueur, je me vois lui répondre, d’un voix faible et enrouée :

— Alors quoi ?

Ma réponse l’agace. Il tapote le bureau du plat de la main avec une impatience non dissimulée.  Je regarde, béât, ses doigts marteler les anneaux clairs qui en entachent la surface lisse et brillante.

— Vous avez un problème mental ? 

La question me fait sursauter. Je relève la tête. L’homme devant moi est désormais chauve et barbu. 

— Je ne me souviens pas de…

— Il ne faut pas rester ici, m’interrompt-il sèchement. Quand on vous demande de partir, vous partez. Ce lieu n’est pas fait pour les gens comme vous. 

— Les gens comme moi ?

— Vous avez de la chance de n’avoir causé aucun dégât. Nous allons vous accompagner vers la sortie. Et ne revenez pas. 

Une panique glacée me submerge soudain. 

— Non, attendez ! Il y a un problème, je crois, je ne me souviens de rien. Je ne sais pas où je suis, et je crois que je ne me souviens même pas de mon nom !

L’homme grogne, attrape un stylo et griffonne quelque chose sur le dos d’une carte de visite extirpée d’un tiroir. 

— Oui, oui, vous n’êtes pas le seul. Vous pouvez toujours essayer de trouver cette femme, mais rien ne dit qu’elle accepte de vous voir. 

— Qui est-ce ?

Il hausse les épaules.

— Son nom ne vous serait d’aucune utilité. Comme beaucoup d’autres ici, elle en possède plusieurs. Maintenant, il faut me suivre.

Il me tend la carte puis se lève, contourne le bureau, et m’ouvre la porte. 

Je me rends compte que je n’ai même pas pris le soin d’examiner leurs badges, que je ne sais même pas en vertu de quelle autorité on m’a appréhendé et mis à la porte, mais avant que je ne puisse me retourner et voir tout cela de plus près, une paire de mains dans mon dos me pousse fermement vers la sortie et j’entends la porte claquer derrière moi. 

Lorsque je baisse les yeux vers la carte que je tiens entre mes doigts, je réalise qu’il n’y a sur le papier aucun mot, aucune lettre que je ne pourrais reconnaître, rien qu’un gribouillis sans sens, une série de petits cercles entremêlés. J’ai envie d’éclater en sanglots. 

Je glisse malgré tout la carte dans la poche de poitrine de ma veste. 

<< < Cercles Concentriques > >>

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3 commentaires

  1. Une amnésie de plus ! Décidément, c’est une épidémie !

    Je suis contente parce que j’ai cru que tu renouais avec la bonne vieille tradition des pièces de torture et en fait tu m’as étonnée, c’est toujours hyper agréable de se faire surprendre ! Hâte d’en lire plus sur la quête d’Alden 🙂

  2. Lev

    Possible de rajouter le tag « Cercles Concentriques » sur les deux dernières pièces que j’ai postées ? J’ignore s’il y a une meilleure manière de regrouper les pièces dans une « saga », mais c’est pour le suivi, comme il y a deux personnages ? J’ignore aussi si c’est le bon endroit pour demander cela haha pardonnez mon apprentissage du site

    1. C’est fait !
      J’ai rajouté le tag sur les deux pièces précédentes, et il est considéré comme le titre de saga pour le moment, mais si tu veux, tu peux choisir un titre de saga qui englobe toutes les aventures de Louvelo et de Alden et Cercles concentriques serait alors le titre du « chapitre » de la saga depuis le réveil des deux protagonistes

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